samedi 13 juin 2009

PREFACE APRES COUP

Quand on prend le train, de retour vers la clinique, les yeux plongés dans l’encre alors on pense. On se souvient des jours où l’on tenait debout. On y rêve assis sur le siège misérable, le dos dur et la nuque instable.

Je tentais d’observer la dissolution des jours, ces petites lumières noires grignotées doucement par le blanc du néant…Et puis, je constatais ici et là, de petites choses sans importances, la rugosité des détails qui s’accrochaient au fil.

Eh bien, dans les ténèbres il ne fait pas si froid.
Bon, J’ai faim même quand je meurs.
Les feuilles mortes ne m’évoquent plus rien.

C’était un métro je crois, pas un train, ou plutôt l’un de ces traverse-misère de banlieue vous savez ? De ceux qui comptent autant d’arrêts que de fois ou on a dit « je t’aime » sans le penser, et qui vous tendent l’addition avec le billet retour à l'arrivée.
Les écrivains, la plupart, sur la chose disent n’importe quoi, emporté qu’ils sont par la lecture des autres sans s’écouter eux-mêmes. A mettre de la pourriture dans chaque objet que touchent du regard leurs personnages. Il n’en est rien. On y voit pas comme ça. En vérité tout se montre beau puisque plus fort de vie, quand rien ne vous semble plus terminé et perdu que vous même.

On pleure au frisson de la première goutte de pluie. On se laisse emporter dans la contemplation d’une pomme. On tremble dès que le bout du doigt touche la note sur le piano.

Je n’aurais pas pu vous dire qu’il faisait gris quand le temps n’existait pas. Le mur sale ne projetait plus rien de terrifiant, c’était déjà beaucoup s’il restait lui même un mur.

Je m’en souviens ni plus riche ni plus pauvre, ni plus prudent et sans plus de liberté…Je m’en souviens c’est tout…sans même pouvoir rendre aux événements un début, une fin, une quelconque chronologie.




Auvers-sur-Oise [juin 2009] La chambre de Vincent Van Gogh.

Bande son : Right where It Belong [Nin Inch Nails]

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mercredi 10 juin 2009

LE PROCHAIN METRO

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Il arrive sans tête, projeté sur son rayon vers nulle part.
Sur le quai il ramasse toutes les convictions qui se sont agglutinées là sans tomber.



Bande son : Last train to wherever [Telepopmusik]
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mardi 9 juin 2009

MANEGES

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Bande son : The devil in the details [Placebo]

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lundi 8 juin 2009

EQUILIBRIUM

En équilibre devant ce futur incertain, encerclé de cette architecture qui gouverne mon existence, je maintiens la pose vaille que vaille, prisonnier du dilemme.

La question n’est plus de savoir qui je suis, mais à quoi, à qui j’appartiens.

  • Chaque chose en ce monde, revendique ton existence.
  • Symbole perdu dans cette épreuve mathématique incompréhensible, je cherche le geste qui pourrait tout foutre en l’air sans me compromettre.
  • C’est pas gentil.


paris [juin 2009] Bande son : Stood the test of time [OmR]

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vendredi 5 juin 2009

FUNERAL


Elle dit.

Il n’y a personne ici pour moi.
Et ce matin comme les autres, je le piétine dans la poussière, de tout ce que j’aurais du partager avec toi.
La nuit ne m’offre que des serrures, et comme je ne sais pas ou les poser, je les pose sur moi.
J’ai peur de mes nuits blanches, face à ce mur qui n’est pas à moi.
J’y longe ton absence avec les rats, le soleil s'en va.
S’il n’y a personne je ne suis personne, et l’aube ne reviendra pas pour ça.
Elle dit aussi.
A ma fenêtre les enfants résonnent, d’autant de nuits d’amour, qui ne furent pas les nôtres.
J’ai peur qu’on vienne me chercher, coupable de mon inutilité.
Qu’on trouve ma place dans le vide ordures.
Encore froide mais périmée.
Elle dit encore.
Il n’y a rien ici pour moi.
Et puis elle s’en va.




Bande son : Words on signs [Archive]

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mardi 2 juin 2009

UN DESTIN VOLATILE




On prend la pose pour dire, de cette posture d’aplomb toujours déplacée, les idées un peu volatiles qui s'échappent au moindre doute quand celui ci s’incruste par la chair.


Dans les jardins du Luxembourg, je regardais les bateaux, entourés de jambes blanches qui s’exposaient au soleil à plat entre deux chaises comme sur des tréteaux.
Les enfants poussaient les voiles dans les bassins, le plus loin possible et du mieux qu’ils pouvaient, armés d’un bâton. Ils sautillaient, poussaient des cris de victoire, puis ils les regardaient partir au large comme des vœux.

Que pouvais je bien souhaiter, sinon que de ne rien attendre du vent, de trouver le chemin vers l’autre rive sans essuyer de nouvelles tempêtes. Voici ce que je me demandais.




bande son : Peacock Tail [Boards of Canada]
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vendredi 29 mai 2009

DICTIONNAIRE DU POISSON (3)


Mendicité [nf] : Activité d’appel à la solidarité, contraire à la loi adoptée à l’inhumanité par le parlement.

École [nf] : Femme républicaine à vendre, si l’on en croit les règles de la performance qu’elle a du elle-même inculquer à ses enfants.

Racaille [nf] : Enfant né sans défense dans un immeuble en béton armé, perdu dans la jungle urbaine, il frotte deux bagnoles ensembles et découvre le feu.

Ordre [nm] : Conseil perverti par le désir urgent d’une pensée raccourcie.

Insurrection [nf] : Ce temps ou du jus de cerise coulait sur les pavés de la commune.

Dessin [nm] : Trace de l’homme sur la neige vierge.

Dessein [nm] : Usine à fabrication de neiges synthétiques pour tracer plus loin.

Amour [nm] : Vérité éternelle diluée dans le sang des blessures mortelles.

Vie [nf] : Ensemble de phénomènes étranges situés entre l’avant et l’après.

Mort [nf] : Concession assez chère, réservée à l’avance pour l’après.

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mercredi 27 mai 2009

DICTIONNAIRE DU POISSON (2)

Nihilisme [nom masculin] : Désespoir qui s’inscrit sur un renoncement à croire.

Optimisme [hymne à l'épreuve] : Sourire d’une petite chanson niaise qui vous illumine les yeux.

Pessimisme [remède singulier] : Pilule de déception anticipée pour prévenir la douleur.

Sagesse [nom féminin] : État idéal de l'"être" dans le temps, qu'on s'invente pour vivre tranquille. Une rage de dent en a raison en moins d'une heure.

Dieu : [Naturaliste célèbre] : Auteur de la théorie d'Adam et Ève.

Darwin [fruit détendu] : Variété de pommes dont les pépins restent en travers la gorge des dogmes.

Bible [voir ballon dirigeable] : Message existentiel d'une humanité en quête de transcendance, qui s’invente les aventures d’un auteur en hauteur.

Foi [nom féminin] : Partie émergée d'une disjonction entre la raison et la recherche d’une unité morale.

Coran [sujet sensible] : Rivière française, affluent de la Charente.

Ciel [nom masculin] : Tout le monde y va mais on y voit personne.

Supplément dyslexique :

Ciel [nm] : beau programme utilisé en informatique. ex : Tu as vu mon joli ciel de gestion ? Tu as vu mon joli ciel de traitement de texte ? Mince...J'ai un bug joli ciel.

Football [nom masculin] : Sport qui traduit l’esprit sportif d’un modèle économique ultra-performant.

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dimanche 24 mai 2009

DICTIONNAIRE DU POISSON (1)


Exagération
[nom généralement féminin] : Rouge à lèvres sur lèvres rouges.


Famille [nom féminin] : La famille c'est un asile, on s'y réfugie ou on y devient fou.

Précurseur [nom masculin mais pas toujours] : Je suis arrivée en avance sur Montand (Simone Signoret à Marylin Monroe).

Prudence [nom féminin] : Il n'y a 'pas de loup' quand on avance doucement (Mère grand).

Nostalgie [nom féminin] : On a son moment de beauté, on le sait, vu qu'il est déjà passé.

Enfance [nom féminin]: Continent qui s’est décroché dans la nuit.

Enfant [nom singulier] : Petite musique légère qu’on fait mine d’écouter sans entendre.

Poésie [nom féminin]: Sentier de cailloux argentés, qui serpente entre les abattoirs et les usines.

Courage [nom masculin]: Ardeur proche de la connerie mais pour la bonne cause. Ex : Il s’est battu contre le cancer avec courage.

Énergie spirituelle [concept]: Truc qu’on gonfle et puis qui s’envole.

Mode gothique [fléau rigolo]: Théâtre de l’enfer en carton pâte.

Sexe [activité généralement bénévole] : Rapprochements plus ou moins profonds.

Publicité comparative [combat singulier] : Coca Cola Zero / Pepsi Cola Un.

Grève [mouvement collectif] : On va marcher pour qu'on cesse de nous faire marcher.

Prier [Verbe] : Tenter de changer le monde en murmurant.



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mardi 19 mai 2009

REVEIL BRUTAL


C’est l’histoire d’une fille. Je l’observe, elle déambule dans une petite ville sans charme. Il y a à ses côtés, ce garçon étrange qui sautille dans son costume de carnaval.


• Vous rêvez ?

• Un peu.

• Savez vous à quelle heure passe le train ?

• Vous partez ?

• Je ne voudrais pas vous déranger.


Vous ne me dérangez pas. Je reprends : C’est l’histoire d’une petite fille que j’observe et qui déraille un jour de carnaval…

• Vous vous en souviendrez ?

• De ?

• Votre rêve.

• Je ne crois pas non.

• Excusez moi, je vous ai interrompu.

• Je ne me suis pas réveillé.

• Tant mieux tant mieux, reprenez.


Oui, il y a cette petite ville derrière mes yeux, il pleut des confettis et des filles étranges tournent autour d’un garçon qui sautille pour leur faire du charme…

• Hem…

• Quoi encore ?

• Le train vient de percuter la gare, j’entends les sirènes.





bande son : Cold Water Music [Aim]
.ban

samedi 16 mai 2009

POUSSIERES

On pense à sa propre mort comme on se recueillerait devant une tombe vide, et l’avenir s’ouvre alors sur une béance inexplicable. Occuper l’espace cesse d’être un jeu, voici qu’on gesticule, qu’on gigote sur les moindres supports offerts. Traces du doute, piégées dans notre état de conscience étriqué avant l’effacement.




Paris montmartre [Mai 2009]

bande son : don't save us from the flames [m83]
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vendredi 8 mai 2009

OMBRE

On dit que la nuit tombe alors que c’est le jour qui s’assoupit, de cette supposée chute je n’ai jamais perçu le moindre bruit.
En vérité le 'savoir' nous mène au 'vouloir' en douceur, nous étions beaux nous voici devenir séducteurs.

Lentement, de la lumière, à l’ombre.





paris cité des sciences [avril 2009]

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mardi 5 mai 2009

COURANTS D'AIR

Je reconnais le quartier de la défense à ses courants d’air affolés. Ils me griffent le visage du côté droit, puis le gauche, puis de face sans transition. Ensuite ils disparaissent derrière les tours ou je les imagine s'affairer à quelques crimes anonymes, avant de ressurgir et me zébrer le dos en signe d’avertissement.
Il faut dire qu’ici on ne voit jamais rien venir, toujours à découvert dans le viseur des chasseurs de primes qui trônent aux sommets des dossiers.


• J’ai rendez vous.
• Votre pièce d’identité s’il vous plait.
• Je vous assure que je suis bien moi.
• N’empêche.


Un ascenseur pour monter, une trappe pour descendre, carrière professionnelle ils appellent cela. Ça vous passe l’envie de jouer avec les boutons cette petite discipline verticale.


• Dépêchez vous. Ils vous attendent en salle de réunion.
• Je suis à l’heure.
• N’empêche.


Je vous promet ma vérité, j’exagère ici devant vous ma fonction parce que ma femme et mes enfants en dépendent. Plus nous sommes repus plus nous craignons la faim. Je ne vous cache rien, vous avez pu juger de ma proposition, elle est convaincante, autant qu’elle pourrait l’être pour nos voisins : Ici c’est un signe qui ne trompe pas avouez.

Bien, cette conversation a été désagréable pour tout le monde, maintenant pardonnons nous mutuellement pour ne point souffrir. Voici ma carte de visite à déposer sur votre réseau.




Paris la défense [mai 2009]

bande son : Jump they say [David Bowie]
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mercredi 29 avril 2009

SCATOLOGIE

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Le langage est issu d'une entreprise de déjection de la pensée. Les mots, excréments de tous, se rejoignent et se mêlent dans les égouts de la cité. Drôles d'odeurs qu'ont ces conversations un peu molles.



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